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C’est quoi, la françafrique ?

L’ancien président de la Côte d’Ivoire Félix Houphouët-Boigny  a inventé l’expression France-Afrique en 1955 pour définir les bonnes relations qu’il voulait établir avec la France.

CHARLE DE GAULLE ET HOUPHET

Charles De Gaulle et Félix Houphouet-Boigny (Premier président de la Côte d’Ivoire)

En 1998, François-Xavier Vershave, président de l’association Survie,  a publié La Françafrique, le plus long scandale de la République. Ce terme de Françafrique est depuis utilisé pour désigner les mécanismes par lesquels l’Etat français maintient sa domination sur ses anciennes colonies africaines, et de quelle façon leurs indépendances ont été confisquées depuis 1960.

Tout commence en Mai 1958, en pleine guerre d’Algérie. Quatre ans après la défaite d’Indochine, alors que la IV République s’entredéchire sur la question coloniale, un putsch des généraux français éclate à Alger. Minutieusement préparée, l’opération Résurrection exige le  retour au pouvoir du Général De Gaulle. Après plusieurs péripéties, l’Assemblée Nationale se dissout, De Gaulle à l’Elysée  instaure par référendum une Vème République taillée sur mesure.

L’une de ses premières préoccupations ? L’avenir de l’empire colonial, menacé par des mouvements indépendantistes de plus en plus virulents. En France même, révulsées par la guerre d’Algérie, les partisans de la décolonisation sont en nombre croissant. A cela s’ajoutent les pressions internationales, Etats-Unis en tête. Eisenhower  menace de couper  tout soutien financier à la France si celle-ci continue de faire de l’Afrique sa chasse commerciale gardée.

HOUPHOUET FOCART

JACQUES FOCCART ET HOUPHOUET-BOIGNY

Quitter l’Afrique ? Hors de question pour de Gaulle. La France sans l’Afrique, ce serait la bombe nucléaire sans uranium, l’industrie sans pétrole, la faillite pour les nombreuses sociétés françaises qui surexploitent le bois, le coton, les phosphates, les minerais, le cacao… Et que dire du risque d’une expansion communiste, ce cauchemar gaulliste ? L’Etat-major de l’Elysée sent pourtant le vent de l’histoire tourner. Après l’échec du projet de Communauté française, De Gaulle décide de changer  de doctrine stratégique. A  partir de 1960, il accorde en fanfare les indépendances à la quasi-totalité des anciennes  colonies, hormis pour quelques points d’appuis stratégiques comme les Comores, Djibouti et les territoires d’outre-mer. Dans le même temps, il charge son éminence grise Jacques Foccart de maintenir les pays d’Afrique francophone sous la tutelle françaises par toute une gamme de moyens illégaux et cachés au grand public.

JACQUES FOCCART ET LA CELLULE AFRICAINE DE L’ELYSEE

Organisateur de l’opération Résurrection, Jacques Foccart est un personnage aussi discret que puissant. Secrétaire Général de l’Elysée aux affaires africaines, il supervise également les services secrets, les finances du gaullisme et le sinistre Service d’Action Civique. Sa stratégie ? Tout mettre en œuvre, si besoin par le trucage des élections ou des coups d’Etat, pour placer à la tête de ses pays nouvellement indépendants des dirigeants « amis de la France » : soit des proches de l’ex-administration coloniale comme Ahidjo au Cameroun, soit des anciens militaires français comme Eyadéma au Togo, ou même des honorables correspondants du SDECE comme Bongo au Gabon. Avec ces chefs d’Etat solidement encadrés par des conseillers spéciaux français, des accords militaires et économiques sont signés. La plupart du temps secrets, ces accords garantissent la suprématie de l’armée française qui implante des bases permanentes dans les zones stratégiques, chapeaute les nouvelles  forces africaines et intervient en cas de menace extérieures. Ces accords assurent de plus aux entreprises françaises la pérennité de leurs installations coloniales et le monople sur les matières premières stratégiques. Ils prolongent également la suprématie de l’ancienne monnaie coloniale, le Franc des colonies françaises d’Afrique (CFA). Rebaptisé «  Franc des communautés Françaises d’Afrique », il  conserve sa logique dominatrice : toutes les monnaies africaines sont contrôlées par la Banque de France, tandis que les recettes d’exportations sont physiquement stockés en métropoles. Par ce biais, les produits français bénéficient d’un avantage commercial déterminant.

BONGO ET CHIRAC

Enfin, pour étouffer toute opposition intérieure et briser les mouvements indépendantistes, de puissantes polices politiques sont mises en place, formées aux méthodes tortionnaires expérimentées en Algérie. L’ensemble de ce dispositif est dirigé par Jacques Foccart depuis ce que l’on appelle la cellule africaine de l’Elysée, sous le contrôle quotidien du Général De Gaulle. Cette cellule va superviser la nouvelle politique africaine de la France à partir de 1960.

Aucun des présidents successifs ne remettra en question cette politique comparable à celle des Etats-Unis en Amérique latine. Pompidou maintient Foccart. en 1974, ce dernier est limogé par Giscard d’Estaing qui installe ses propres réseaux. Mitterrand, malgré ses promesses de rupture, installe son fils à la tête de la cellule africaine, étend la Françafrique vers l’Angola et le Rwanda et soutient en particulier le pouvoir génocidaire de 1994. En 1995, Jacques Chirac rappelle aux commandes de la cellule africaine…Jacques Foccart ! Quant à Nicolas Sarkozy, derrière quelques réformes de façade et un festival de boniments, il maintient depuis 2007 le cap françafricain.

Les réseaux de la Mafiafrique

Le système imaginé par Foccart n’a donc jamais évolué depuis 50 ans ? Si

Initialement fondé sur une logique de raison d’Etat justifiant les pires méthodes, l’architecture pyramidale de la cellule africaine s’est progressivement délitée en multiples réseaux agissant pour leur propre compte, se criminalisant de plus en plus en profitant des espaces d’impunité offerts par l’essor des paradis fiscaux et judiciaires. En témoigne la dizaine de scandales franco-africains des années 90, les affaires Elf, Angolagate, Marchiani, Sofremi, Borrel, Beach, véritables coupes anatomiques de la françafrique ou de ce qu’il conviendrait plutôt d’appeler la Mafiafrique : de vastes opérations de criminalité économique et politique impliquant des personnalités et transnationales de plusieurs pays, alliant les méthodes mafieuses à celles des services secrets.

50 ANS FRANCAFRIQUE

 

Dans toutes ces affaires qui ne représentent que le sommet de l’iceberg, la réalité dépasse l’imagination. On y découvre une galerie stupéfiante de ministres, de mercenaires, de militaires, de banquiers, de barbouzes, de personnalités politiques et d’hommes d’affaires, tous obsédés par les richesses africaines, le pouvoir, l’enrichissement personnel, le financement de partis politiques, rivalisant d’imagination pour détourner l’aide au développement, piller les matières premières, vendre des armes, du pétrole ou des minerais, toucher des commissions occultes… Plonger dans la françafrique, c’est réaliser, pièces à l’appui, la profondeur du pourrissement des institutions républicaines, le cynisme sans limite du pouvoir, l’horreur du capitalisme.

En finir avec la Françafrique

A qui nuit le plus cette françafrique ?  En premier lieu, aux populations africaines. Car les résultats de 50 ans de ce système scandaleux, ce sont des millions de personnes appauvries vivant pourtant dans des pays richissimes en matières premières, des économies exsangues et surendettées, l’absence de protections sociales, des libertés individuelles rachitiques et des potentats sanguinaires à la longévité inconcevable : 42 ans de Bongo au Gabon (imaginez 42 ans de Nicolas Sarkozy ou de François Hollande Ndlr), remplacé par son fils au terme d’une mascarade électorale, 38 ans d’Eyadéma au Togo, remplacé par son fils par le coup d’Etat de 2005, 33 ans de Sassou N’guesso au  Congo –Brazzaville, 28 ans de Biya au Cameroun, 20 ans de Déby au Tchad, pour prendre ici les exemples les plus caricaturaux…Pour toutes ces raisons, il est urgent et raisonnable de s’organiser pour en finir avec la Françafrique.

Samuel  Foutoyet

Sources :www.les-renseignements-genereux.org  et http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7afrique

Illustration: Louis Konsack

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Un commentaire

Une réflexion sur “C’est quoi, la françafrique ?

  1. serge Nko

    nous finirons un jour avec ce satan qu’est l’élite politique française elle nourrie sa population sur notre sang mais insh Allah la justice de Dieu créateur de toutes choses en qui ils ne croit pas s’abattra sur heux
    L’Afrique se réveillera un jour
    Ils ont recruté tous nos dirigeants dans les cercles ésotériques occentaux pour mieux les contrôler mais je crois a une justice divine leurs bombes exploserons sur eux c’est question de temps.

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